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Voyage au coeur du Kerala (2)

La suite de mes premiers jours en Inde, avec une première phase exploration du Kerala accompagnée de Charan, mon fidèle garde du corps / traducteur / guide touristique.

Safari improvisé à Thirunelly

Après un dernier bain de mer, on a quitté Kannur pour rejoindre Thirunelli, un autre coin bien paumé au milieu de la forêt kéralaise. Cinq ou six heures de bus avec Alain Prost au volant plus tard, on est arrivés au Agraharam Resort, le seul hôtel du coin (mouais bon, « resort » faut le dire vite)

De Cannanore à Thirunelli
Joli ptit coin de planète

L’idée, c’était d’y faire une rando apparemment super que j’avais dénichée au fin fond d’un blog – sauf qu’une fois arrivés là-bas, on apprend que tous les sentiers de rando sont fermés pour cause de risque de feux de forêts 😑

Bon bon bon.. Absolumment rien d’autre à faire dans le coin, si ce n’est un safari dans la réserve voisine, Tholpetty Wildlife Sanctuary. Ça tombait plutôt bien parce que j’avais très envie d’en faire un, et là c’était pas cher parce que pas très touristique. Du coup, lever 5h du mat le matin suivant, bon pied bon oeil, au taquet pour arriver à l’ouverture et sauter dans la première jeep, celle qui a une chance d’apercevoir quelque chose avant que le bruit des moteurs ne fasse fuir tout ce qui bouge.

Verdict : opération réussie !👍 Ce qui se présentait au départ comme un plan un peu foireux s’est transformé en une super balade dans la forêt kéralaise, au cours de laquelle on a pu apercevoir des tas de petites (et grosses) bêtes : des paons, des faisans, des écureuils géants à queue de fourrure qu’on porterait volontiers autour du cou, des tas de bambis, un sanglier, des macaques, des langur gris (voir photo).

Langur gris

Pas de tigre malheureusement 😞 De toute façon, les chauffeurs n’avaient pas du tout l’air de vouloir en croiser, puisqu’on a rebrousssé chemin pile avant de pénétrer dans la forêt profonde, justement là où ils sont censés être fourrés ! Bon j’imagine qu’il faut être équipés pour..

Mais c’était quand même fou de se dire qu’on était dans l’une des rares régions du monde où on trouve encore des tigres en liberté. D’ailleurs, on n’avait pas le droit de sortir de l’enceinte de l’hôtel le soir, sous peine de rencontre fortuite avec un tigre ou un éléphant sauvage. Cool, non ? 😋 Apparemment la veille au soir, un des gardes forestiers avait aperçu une tigresse et son petit tigrouchat jouer sur la route entre l’hôtel et la réserve 😍

Enfin le clou du spectacle, ça a été le troupeau d’éléphants. Il y avait même deux petits éléphanteaux qu’on a vu d’assez près ! C’était la première fois que j’en voyais en liberté, ça m’a fait des émotions 🤗 Bon, on se demande toujours dans quelle mesure ils ne trichent pas un peu en nourrissant les animaux pour les attirer ou je ne sais quoi. N’empêche que c’est vachement plus cool de les voir déambuler dans la nature plutôt qu’enchaînés à un piquet avec un touriste sur le dos ou enfermés derrière les barreaux d’une cage de zoo.

Un gros zéléphant de dos – tant mieux apparemment parce que s’ils commencent à faire volte-face c’est qu’ils risquent de charger, donc jeep ou pas il faut déguerpir, parce qu’un troupeau d’éléphants qui charge, c’est une espérance de vie rapidement réduite à zéro..

Escale à Kochi

Encore des milliards d’heures de bus et de train plus tard, nous voilà à Kochi (anciennement Cochin), une des destinations les plus touristiques de la région.

De Thirunelli à Kochi

Qui dit touristes, dit se faire avoir et payer trois fois trop cher un minuscule poisson grillé après avoir attendu trois heures dans une gargotte au bord de la plage. De notre table, on voyait le cadavre d’un chien rejeté sur le sable que la marée faisait bouger au gré des vagues.. hé oui ça reste l’Inde, c’est pas Saint-Tropez non plus..

Qui dit touristes, dit aussi chambre d’hôtes tenue par un couple un peu trop rompu à l’excercice, dont on sent bien que la fausse sympathie vise surtout à s’assurer une bonne note sur Booking, et les conseils d’excursions à se faire une petite com’. Pour l’authenticité on repassera..

Qu’à cela ne tienne ! L’endroit nous réservait malgré tout quelques belles découvertes..

Quand je vous dis que c’est pas Saint-Tropez
Les fameux filets de pêche chinois
(là les filets sont dans l’eau, y a un système de cordes à tirer style poulies pour les en sortir)
Le front de mer, agréable promenade prisée des locaux et bon spot pour admirer le coucher du soleil
La queue pour le ferry local
Attendre..
Et hop, la photo de chat qui passe bien
Expo de (faux) zéléphants
Le stand typique à touristes où tu te fais alpaguer à tous les coups par le type, qui te demande si tu sais ce que c’est et comment ça marche.
Non mais est-ce que j’ai l’air d’une pseudo hippie qui vient en Inde faire du yoga, se faire prendre en photo avec des ptits enfants pauvres et trouver un sens à sa vie ? 🙄
Moi jsuis juste là pour manger avec les doigts des trucs beaucoup trop épicés, m’incruster à des mariages et faire des heures de bus avec des chauffeurs fous (ah oui et apprendre à pisser correctement dans des toilettes à la turque)
Tout ça pour dire que les poudres de toutes les couleurs, c’est joli sur la photo mais j’y connais rien, pour les détails je vous renvoie aux vrais blogs qui en parlent sûrement !

Le (joli) passage obligé : la balade dans les backwaters

Les backwaters, c’est LE paysage typique du Kerala. Réseaux de canaux et de lacs autour de l’embouchure de plusieurs fleuves se jetant dans la mer, ils étaient utilisés à l’origine pour le transport de marchandises. C’est devenu un spot de croisières réputé pour le tourisme : on s’y balade sur des sortes de grosses pirogues sans moteur, manoeuvrées à l’aide de perches.

Apparement la plupart des gens font ça à Allepey, un peu plus bas, mais d’après Charan qui l’avait fait là-bas aussi il y a quelques années, c’est plutôt moins beau et plus pollué qu’à Kochi. Là, c’est vrai que c’était hyper agréable de glisser comme ça paisiblement entre les cocotiers, sans un sac plastique à l’horizon (pour une fois!), seulement bercés par le chant des oiseaux..

On avait opté pour une journée complète, avec pause déj consistant en un thali sur feuille de bananier – j’ai eu ma minute de gloire auprès des autres touristes quand ils m’ont vue manger avec les doigts comme si j’avais fait ça toute ma vie héhé 😎 Charan était le seul indien de la troupe cette fois-ci. Chacun son tour !

La balade commence sur un canal assez large
On est sur un joli bateau en bois et corde en noix de coco
Pas désagréable le toit sous ce soleil de plomb 😓
On continue sur de jolis ptits canaux qui serpentent entre les arbres et quelques habitations éparses
Ambiance onirique
Petite pause sur une rive pour tenter de nous faire acheter des babioles.
Une femme tresse d’une main experte des cordes en fil de noix de coco
Avec nos copains français du jour

Bref, une très jolie balade, je recommande vivement !👍

A la rubrique culturelle

L’autre attraction touristique cool du coin, c’est le spectacle de kathakali, une danse traditionnelle kéralaise séculaire, dans laquelle les acteurs (que des hommes, même pour les rôles féminins), déguisés et maquillés comme des voitures volées, interprètent des histoires tirées de la mythologie hindoue sur fond de percussions et de chant lancinant.

Pas de dialogues, tout est exprimé au travers de la danse, mais aussi d’une gestuelle et d’une expressivité complexes, s’appuyant sur un traité de théâtre antique, le Nâtya-Shâstra. Celui-ci décrit 67 mudrâs (positions des mains) et 36 mouvements d’yeux différents (!!), qui fournissent en quelque sorte le vocabulaire de base de l’interprétation théâtrale. Louis de Funès à côté, c’est du pipi de singe !

Le catalogue de grimaces des acteurs de kathakali
Petit échauffement public avant le spectacle
Au fond à droite on aperçoit le chanteur
Un extrait de la BO du pestacle

La parenthèse culinaire

Il faut quand même que je mentionne quelques nouveaux mets découverts au fur et à mesure, et notamment un truc hyper bon : les idli .(cf. photo ci-dessous). Sorte de petites galettes rondes à la consistance assez légère, ça se mange principalement au ptit déj accompagné de chutney au coco (sauce verte) et de sambar (sauce rouge, assez épicée comme sa couleur l’indique, cousine des sambals indonésien et malaysien). Wikipédia me souffle que c’est fait à base de lentilles noires fermentées et de riz.. En tout cas c’est délicieux et très digeste. Rien que d’en parler, j’en ai envie d’en manger, miam ! 😋

Idli (crédit : Wikiki)

Et puis il y a aussi les dosa : sorte de grandes crêpes, elles peuvent être nature, simplement accompagnées de sauce/chutney, ou bien fourrées par exemple à la pomme de terre et au curry (masala dosa). Trop bon !

Dosa (Wikipedia again)

Dans un autre genre, les momos sont des raviolis cuits à la vapeur ou bouillis et fourrées à la viande ou aux légumes pour la version végétarienne. Ça vient du Tibet, mais c’est aussi un plat traditionnel au Népal et au Bengale (nord-est de l’Inde). C’est quelque part entre les bouchées vapeur chinoises et les raviolis japonais. J’ai pas de photo mais c’est hyper bon aussi 😊

Et bien sûr, le fameux thali, servi sur feuille de bananier dans le Kerala :

Thali à la mode kéralaise

Et là, c’est le drame..

Notre séjour au Kerala a malheureusement été quelque peu assombri par une triste nouvelle : le mariage prévu la semaine suivante a été annulé du jour au lendemain ! 😟 Non seulement je perdais une occasion assez unique d’expérimenter les traditions locales (et de porter le fameux sari !), mais en plus, la nouvelle a eu une autre conséquence ennuyeuse. Permettez-moi un petit point culturel pour que vous compreniez mieux les circonstances de l’affaire.

Voyez-vous, en Inde il faut se marier, et mieux vaut tôt que tard. A partir de 24-25 ans, tout le monde est censé avoir trouvé sa moitié, ce dont se chargent en général les familles, la plupart des mariages étant encore arrangés. Du haut de ses 29 ans, Charan fait figure de retardataire, ce qui inquiète sérieusement sa famille, qui tente de lui faire rencontrer une fiancée depuis plusieurs mois.

Il m’a expliqué un peu comment ça marche, c’est très intéressant : les familles repèrent des candidat(e)s potentiels en fonction de tout un tas de critères complexes (castes et subdivisions de castes, diplômes, fortune, compatibilité des signes astrologiques – très important ça – etc). Puis on montre des photos des prétendant(e)s, éventuellement leur profil Facebook, et si la fille/le garçon donnent leur feu vert, la rencontre est programmée.

S’ensuit un moment plus ou moins gênant, en tout cas pas très intime, où les deux « futurs » peuvent échanger quelques mots rapides en privé, mais où tout le reste se fait en présence des deux familles. A la suite de cette rencontre très formelle, le mariage est décidé ou non. Et ouais, c’est tout ! 🙂

Certains obtiennent l’autorisation de se fréquenter quelques semaines ou même quelques mois avant de décider, mais il n’y a (normalement) pas de relations vraiment poussées avant le mariage. Autant dire qu’il vaut mieux faire preuve de rapidité et de discernement. Et il n’y a pas vraiment droit à l’erreur : le divorce, bien qu’ayant tendance à se démocratiser, est encore plutôt rare et très mal vu.

Dans ce contexte délicat, la réputation est importante. C’est justement ce qui a dérapé dans le cas du mariage du cousin de Charan : apparemment, l’un des deux « futurs » a surpris des photos d’une relation précédente et n’a plus souhaité donner suite. Et oui, il faut avoir une ardoise blanche – du moins officiellement..

Les parents de Charan, qui s’impatientaient déjà de le voir se marier et ne voyaient sûrement pas d’un très bon œil qu’il se balade à droite et à gauche avec une copine (occidentale qui plus est), ont carrément flippé après ça. Ils ont insisté pour que Charan rentre au plus tôt et que toute la famille parte en pèlerinage pendant deux jours pour aller prier et faire des offrandes dans plusieurs temples assez éloignés, afin de faire en sorte que les étoiles soient plus favorables et qu’il puisse se marier bientôt.

Ne riez pas, beaucoup d’indiens se fient toujours à l’astrologie et à la religion pour interpréter les événements et prévoir l’avenir, c’est une affaire sérieuse là-bas. Et pourquoi pas après tout ? Avec nos 50% de taux de divorce en Ile-de-France, on est plutôt mal placés pour donner des leçons à qui que ce soit (!)

Bon, je pense qu’une partie du truc consistait aussi à s’assurer qu’il ne puisse plus me fréquenter et risquer de se compromettre auprès de potentielles futures conquêtes – toujours est-il que le pauvre a dû repartir un ou deux jours plus tôt que prévu, et moi j’ai entamé bravement la partie solo de mon voyage, déjà ravie et bien acclimatée.

Dans le prochain épisode : rando dans les plantations de thé, joyeuses rencontres et tutti quanti.. 😘

13 Commentaires

  1. Aurel Aurel

    Toujours aussi passionnant ton blog !
    Des bisous ….

    • Miamduchocolat Miamduchocolat

      🤗🤗

  2. Oriane De balcin Oriane De balcin

    savoureux périple!

    • Miamduchocolat Miamduchocolat

      Exactement ! 😋

  3. Eugenie Eugenie

    J’ai tout lu. Tu es productive en tous cas. Amuses toi bien et œuvres bien ton chakra.

    • Eugénie Eugénie

      Ouvres et pas oeuvres

      • Miamduchocolat Miamduchocolat

        Tous mes chakras sont ouverts 😉

    • Miamduchocolat Miamduchocolat

      Tu veux dire que c’est trop long, c’est ça? 😅

  4. Manue Manue

    Waou, Marie!!
    Extraordinaires tous tes posts!
    Je me suis régalée à lire tes aventures…
    Merci! Tu nous fais voyager et rêver… ça fait un bien fou!!
    Gros bisous.

    • Miamduchocolat Miamduchocolat

      Tant mieux! 🤗🤗🤗😘

  5. Manue Manue

    Waou!! On a attendu longtemps … mais, ça valait le coup!! Quel plaisir de te lire…! 😊
    Merci de nous régaler avec tes posts, tes photos et tes vidéos! 😀
    Tu nous fais voyager et rêver…!😚😚

  6. Vicky Vicky

    Trop fan du spectacle !! Je pense que tu pourrais trouver un rôle 🙃

    • Miamduchocolat Miamduchocolat

      Faut être vachement souple des yeux quand même 🤪

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