La suite de mes aventures aux Banda, avec un peu de retard pour cause de piètre liaison internet..

Après la semaine idyllique passée à Pulau Hatta (cf. post précédent, tout à droite sur la carte), petit récit de nos explorations sur le reste de l’archipel.
Pulau Neira : le QG

Pulau Neira est l’île principale des Banda où accoste le ferry et d’où partent tous les bateaux pour les autres îles de l’archipel (au centre de la carte). Comme je vous le disais, il n’y a pas grand-chose à y faire, mais c’est le point de ralliement, et aussi l’endroit où trouver un semblant d’internet et se ravitailler en argent liquide.
Entre deux escapades sur les autres îles, on s’est baladés dans les rues paisibles de Banda Neira, le village qui fait office de capitale, au rythme des « hello mister! » et des rires des enfants qui jouaient à un jeu différent à chaque coin de rue : football, volley, billes, bateaux-pailles en plastiques sur l’eau, « c’est-toi-le-chat » (sûrement un autre nom en indonésien)…
Sans vouloir verser dans le cliché, ils avaient l’air de franchement s’éclater – et pourtant certains vivent dans des conditions plus que sommaires. Beaucoup de joie sur les visages, pas mal de malice aussi – et un accueil toujours aussi chaleureux.












Pulau Besar : Histoire et botanique
Pulau Besar est la plus grande île de l’archipel comme son nom l’indique (besar = grand). On y a fait une excursion d’une journée, en empruntant un des nombreux petits bateaux publics qui font la navette entre Pulau Besar et Pulau Neira (15mn de traversée, 0,30€).


Arrivés sur place, on cherche un certain Suleyman, qu’on m’avait recommandé pour une visite guidée des alentours. Petit homme chaleureux et plein de sagesse, il nous fait goûter l’eau du puit sacré de l’île, apparemment particulièrement pure. C’est vrai qu’elle est bonne. Le puit est nettoyé une fois tous les dix ans, ce qui donne lieu à une grande fête à laquelle sont invités tous les habitants des autres îles. Manque de pot, la dernière a eu lieu il y a un mois. Bon ben on repassera dans 10 ans.
Il nous emmène ensuite faire un tour sur les ruines du vieux fort, d’où on a une vue imprenable sur le majestueux Gunung Api.


On salue au passage la tombe d’une hollandaise qui, partie se faire soigner en Europe, avait exigé que son corps soit rapatrié en cas de décès et enterré aux Banda (environ 4 mois de voyage à l’époque quand même). Elle repose en paix depuis, parmi les broussailles et les herbes folles.
La dernière étape de la promenade nous mène dans la plantation d’épices qui date de l’époque coloniale, mais continue d’être exploitée par les habitants actuels et constitue la principale activité économique de l’île. N’allez pas imaginer un truc industriel ; ça ressemble plutôt un grand jardin potager, dont les parcelles bordées de petites clôtures en bambous sont disséminées aux quatre coins d’une forêt, à l’ombre d’immenses arbres pluri-centenaires .
En effet, les muscadiers n’aiment pas avoir trop chaud, ils sont donc plantés selon le principe de la symbiose à l’ombre d’amandiers de plusieurs dizaines de mètres de haut, qui pour certains étaient déjà là avant même l’arrivée des colons aux XVIIème et XVIIIème siècle. Cette espèce d’amande est appelée « kenari » et est utilisée entre autres pour concocter une sauce accompagnant un délicieux plat local d’aubergines. Les habitants ramassent tous les matins les amandes mûres tombées des arbres. Quant à la noix de muscade, elle est récoltée deux fois par an, séchée, puis vendue à Banda Neira.

La visite s’achève par une agréable pause ravitaillement et palabres à l’ombre des amandiers sur la parcelle de Suleyman, qui nous fait sentir l’odeur fraîche des feuilles de basilic et de citronnelle, et nous explique comment les bâtons de cannelle également vendus ici sont en fait des morceaux d’écorce séchés qu’on détache du cannelier.
S’en suit une petite dégustation de café à la noix de muscade et de thé à la cannelle, assortis de kuhis, délicieux petits beignets locaux fourrés à je ne sais trop quoi, pendant laquelle Suleyman nous parle de sa famille et nous livre quelques-unes de ses réflexions personnelles sur l’importance de l’amitié, ou encore la nécessité de ne pas être trop omnubilé par l’argent. D’après lui, l’avidité crée beaucoup de problèmes et fait perdre le sourire aux gens. Et dieu sait que le sourire, c’est important ici 😌
Au chapitre philosophie de la vie, j’ai d’ailleurs compris grâce à lui le sens de l’expression « hati-hati ! », qui signifie « attention ! » en indonésien. « Hati » veut dire « cœur », et jusqu’ici je ne comprenais pas trop ce que ça pouvait avoir à faire avec le fait d’être prudent. Or ici, on considère que dans une situation délicate, il ne faut pas écouter sa tête ou sa raison, mais plutôt se fier à son cœur.. D’où l’expression « hati-hati », qu’on pourrait alors traduire par « écoute ton cœur » ou encore « mets-y tout ton coeur ».. C’est joli et plein de sagesse, non ?


Pour finir, Suleyman nous a montré une collection d’écus hollandais datant de l’époque coloniale, qu’il déniche régulièrement au hasard du jardinage. Je n’ai pas résisté à la tentation d’en acheter un datant de 1767 😱 (pour une fois qu’un souvenir tient dans mon sac). On trouve d’ailleurs aussi énormément de bris de poterie d’époque sur la plage et dans les ruines des forts – un vrai paradis pour les antiquaires. J’en ai gardé un petit morceau en guise de talisman.

Il faut dire que les îles Banda portent les cicatrices sanglantes du colonialisme. Les hollandais et les anglais y ont joué au Monopoly pendant un bon moment, se chamaillant pour obtenir l’hégémonie sur un commerce juteux qui profitait bien peu aux populations locales, et s’échangeant telle ou telle île à coup de traités, comme des pions sur un échiquier.
Tout ça s’est soldé par deux terribles bains de sang, lorsque les populations locales ont eu le culot de tenter de se défendre. Les hollandais ont d’abord tranquillement massacré quasiment tous les habitants de Pulau Ai en 1616, puis, quelques années plus tard, ils ont rassemblé tous les anciens de Pulau Neira pour les décapiter en place publique, avant d’éradiquer méthodiquement le reste de la population. Mais bon, après tout, c’était pour la bonne cause 😑
Il faudra m’expliquer comment on a réussi à transformer ce genre d’agissements en actes héroïques (voire en opérations humanitaires) dans nos livres d’histoire. En tout cas, une chose est sûre : si mes ancêtres avaient subi ce type de traitements, je voudrais que l’histoire leur rende justice. Mais c’est bien connu, l’Histoire est écrite par les vainqueurs, et dans ce cas précis par nous autres peuples civilisés. Et c’est comme ça qu’on fait rêver les enfants à coup de Christophe Colomb ou de Marco Polo, qui étaient en réalité des envahisseurs impérialistes et brutaux de la pire espèce, mais que voulez-vous, c’est l’époque qui voulait ça.. Bref, refermons cette petite paranthèse anticolonialiste (jusqu’à nouvel ordre) avant que je m’enflamme pour de bon..
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Le reste de la journée a été consacré à traverser l’île à dos de scooter local pour atteindre une plage au sable pas très blanc, mais qui offrait encore un beau spectacle sous-marin le long d’un reef proche du rivage.

Pulau Ai, ou quand le rêve tourne au cauchemar..

(*petit marsupial quelque part entre le loir et le singe)
La dernière escapade a consisté à se rendre à Pulau Ai, réputée pour ses coraux et ses plages de sable fin (en haut à gauche sur la carte). A ce stade, le temps commençait à tourner, la belle saison tirant à sa fin, si bien que la mer était de plus en plus agitée.
La traversée d’une heure s’est faite dans un bateau surnommé apparemment « le sous-marin » tellement il prend l’eau 😅 A mi-chemin, les vagues étaient plus grosses que nous, mon voisin écopait l’eau qui s’accumulait dans la coque, pendant qu’une française assise en face de moi était prise de nausée et crachait son ptit-déj dans un sac en plastique. Je commençais moi aussi à sentir monter un léger mal de mer.. mais ouf, on a fini par arriver à bon port.
Là non plus, pas d’internet à part sur la jetée, et pas d’électricité pendant la journée, juste une plage et un minuscule village qui concentre à lui seul toute la population de l’île.


Confiants, on commence par se diriger vers le Green Coconut, la pension qui nous semblait la plus sympathique et dont la façade vert citron donnait sur la plage. Là, un type blasé et pas très aimable nous fait comprendre que deux personnes qui prennent deux chambres différentes, ça ne l’arrange pas trop, qu’il fait payer par tête et qu’il préfère attendre de voir s’il ne peut pas trouver plus de gens qui partagent des chambres.. En gros, on se fait refouler 😑
Bon. Un peu refroidis mais encore optimistes, on décide de se rabattre sur le Green Peace, une pension située juste à côté de la jetée, dans laquelle Johan, l’archéologue suédois rasta séparé de ces deux acolytes, avait déjà pris ses quartiers pour se remettre du voyage. Là-bas, confort très basique (douche à la casserole à l’indonésienne et matelas de 2cm d’épaisseur), mais superbe vue sur la mer et sur le Gunung Api.


Tout semblait presque parfait, jusqu’à ce que Mohammed, le gentil monsieur qui tenait la pension, nous conseille l’air de rien de mettre nos affaires précieuses sous clé pendant la nuit. Allons bon..
On va se coucher, Farid au rez-de-chaussée (enfin de mer plutôt) et Johan et moi dans les deux chambres du haut qui donnaient sur un balcon. Comme il faisait une chaleur à crever dans les chambres (même les cheveux mouillés n’y faisaient rien), je décide de dormir la porte ouverte.
Vers 1h du matin, mon cerveau, qui ne devait dormir que d’un hémisphère comme celui des dauphins, détecte quelque chose de louche et me fait ouvrir un œil ensommeillé.. pour apercevoir une petite silhouette noire qui rampe sur le sol devant ma porte.. Trop endormie pour réfléchir, je bondis de mon lit en poussant un grossier « Hééé ! Whaat the fuuuck ??! » (un peu dans l’esprit du fameux « rooooy » de Mamou) et en me précipitant pour apprendre la politesse à l’intrus, qui s’était déjà volatilisé dans la nuit claire, plus rapide que l’ombre d’un anoli (*petit lézard).
Mes cris ayant réveillé Johan, on est restés quelques minutes à scruter les ombres aux alentours, sans succès. On a donc dû se résigner à se recoucher et j’ai fermé ma porte à clé en pestant contre ce maudit fantôme qui m’obligeait à finir ma nuit dans une fournaise. Plus tard, des villageois ont dit que c’était des jeunes de l’île qui trompaient leur ennui en essayant de faire les poches des touristes.. Super 😑 Il faudrait leur monter un club de foot à ces pauvres gamins.
Toujours est-il que le lendemain matin, j’ai suggéré de se relocaliser dans un endroit plus sûr. On a donc atterri dans la dernière pension qui restait, tout au bout du sentier à la fin du village. Bungalows en bois massifs surplombant la mer, plage en bas des escaliers et bonne cuisine locale, c’était nettement plus confort. On a enfin pu commencer à se détendre..


..Et c’est là que la pluie a commencé à tomber, pendant deux jours non-stop 😑

On a fait passer le temps comme on pouvait : lecture, guitare, films regardés à trois sur une mini tablette, bières, siestes.. Les garçons ayant un ferry à prendre, ils ont tenté un premier départ, qui s’est soldé par 3h d’attente sous la pluie, un bateau annulé et un retour la queue entre les pattes (ah ok, donc en plus on est à moitié coincés-là.. 😒)
Ils ont fini par réussir à partir le lendemain matin, et moi, allez savoir pourquoi, j’ai décidé de rester deux ou trois jours de plus avec une sympathique famille mixte : Silke, une allemande, et Riyanto, son mari indonésien, en vacances là avec leurs deux adorables petites filles. Mes nouveaux voisins de pallier m’ont gentiment invitée à partager leur table pour Noël et le poisson pêché le matin-même. Comble du luxe, ils avaient amené une bouteille de bon vin, ce qui n’est vraiment pas simple à se procurer ici (celle-ci venait du Timor oriental, c’est dire !).

Les jours suivants, on a pu prendre un petit bain et snorkeller un peu par-ci par-là, mais le temps est resté instable. Ah oui, j’ai oublié de préciser que la propriétaire des bungalows était un peu folle et qu’il y avait un chat aveugle d’un oeil qui venait réclamer à manger d’une voix éraillée en tordant sa tête pour nous observer de son oeil valide.. Un drôle d’endroit cette île décidément..

J’avais décidé de repartir en même temps qu’eux le mercredi 26, sachant qu’on prenait tous le ferry le 28 pour rentrer à Ambon. Evidemment, ça n’a pas loupé, le matin prévu, on se lève à 5h du mat pour être à 6h sur le quai, et là on attend une heure, deux heures, trois heures.. Les locaux disent que le bateau public ne partira pas, tantôt parce qu’il y a trop de vagues, tantôt pas assez de passagers..
Pendant ce temps, comme il pleuvait des cordes, on part s’abriter à côté et jouer aux cartes pour passer le temps. Après moults discussions, Riyanto finit par trouver un pêcheur qui voulait bien nous emmener, mais quand j’ai vu la taille de l’esquif et les nuages noirs qui continuaient de s’accumuler au loin, j’ai déclaré forfait. C’est une chose de grimper dans le bateau public qui prend l’eau et qui a l’air d’avoir cent ans d’âge, c’en est une autre de faire une heure de traversée par mauvais temps sur une boîte d’allumettes avec deux enfants à bord !!
Heureusement, Silke est d’accord avec moi, du coup le plan B tombe à l’eau (c’est le cas de le dire !), tout le monde se fait une raison et on rebrousse chemin vers la pension sous des trombes d’eau. Et voilà, il est 16h, c’est une journée comme tant d’autres en Indonésie 😊
Le lendemain à l’aube, on a enfin pu embarquer sur un bateau – évidemment surchargé – et retourner en un seul morceau à Bandaneira.






Adieu les îles Banda..
De retour à Pulau Neira, on a repris tous ensemble le fameux ferry en sens inverse pour rentrer à Ambon. Allongés par terre sur le pont, coincés entre deux groupes d’indonésiens, plus au moins au sec sur nos bâches en plastiques, on a regoûté aux joies d’une traversée de 8h aussi éprouvante qu’exhaltante.
Arrivés à Ambon à 2h du mat, j’ai dit adieu à ma famille d’adoption et j’ai sauté sur un O-jeck (taxi-scooter) direction l’hôtel. Par chance, il y avait un veilleur de nuit (j’étais pas sûre de mon coup). Vraie douche et nuit climatisée, le luxe ultime !
Le lendemain, petite journée tranquille à se remettre du voyage en sirotant une bière bien fraîche dans un café, à l’abri du soleil et du harcèlement photographique des locaux – impossible malgré tout d’éviter un groupe de filles qui m’a carrément couru après sur toute une rue pour m’interviewer pour leur cours d’anglais (What is your name? Where do you come from? Do you like Ambon?) et bien sûr enchaîner avec une interminable séance de selfies..

Le jour suivant, me voilà à nouveau dans l’avion, destination Yogyakarta sur l’île de Java, où je suis allée passer le nouvel An et mes derniers jours de visa indonésien en compagnie de Tiwi, ma nouvelle copine indonésienne rencontrée sur le chemin de Nusa Pénida (cf. post du mois d’octobre).
***
Adieu les Moluques, saya akan kembali ! 🌴💚🤗

Je vois que tu suis toujours bien les conseils de ton parrain préféré,tu n es donc pas un paquet! je suis passionné par ton aventure et grâce à toi je ne suis pas obligé d y aller (vu comme dirait Papou). Continue à nous tenir en haleine. C magnifique et profite.
Bonne année 2019 et toutes les autres ensuite (comme ça je n aurai plus à le faire chaque année)
Nous t embrassons.
Haha merci cher parrain!!
Je vous embrasse aussi, très belle année 2019 à vous! ✌️✌️
WoW !!!
Juste incroyable !! Je t’envie (sauf pour la super douche et le matelas de 2cm😂) !
Profite à fond! Des bises
😂😂
Coucou… Pouet pouet !! Et Bananée 😉
Merci du fond du cœur pour ce que tu partages avec nous 🙂 Non seulement c’est intéressant, captivant, kiffant, flippant… Mais c’est aussi super bien écrit (à la sauce Marie :p)
On a hâte de lire et vivre la suite de tes aventures !
Prend soin de toi…
Bizzzz
FRed, Flo, Sasha & Hugo.
Hihi merci Fred et très bonne année à vous 4 aussi !! 🎊✌️🌴
Coucou Marie!
Toujours un immense plaisir de te lire…!☺️
On attend la suite avec IMPATIENCE…! 😉
Plein de bisous.
Manue.