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A la découverte des « îles aux épices » (1/2)

Les îles Banda, c’est qui, c’est quoi ?

Les îles Banda font partie de l’archipel des Moluques, à l’Est de l’Indonésie – encore un peu plus à droite et on tombe sur la Papouasie. Autrement dit, le fin fond de nulle part. Je vous invite à y jeter un cil sur Google Maps, rien que de regarder la carte, ça fait rêver. Trois jours de voyage minimum pour s’y rendre, avec à la clé un petit paradis isolé de tout et peuplé de pêcheurs et de coraux multicolores..

Les Moluques ont connu leur heure de gloire à nos yeux d’occidentaux aux 16ème et 17ème siècles, lorsque les portugais puis les néerlandais s’y sont succédés pour y exploiter une ressource très précieuse à l’époque, les épices – et en particulier la noix de muscade, surnommée « la perle noire », qui ne se trouvait alors quasiment que dans ce minuscule recoin du monde.

Et puis les années ont passé, des plants ont été importés et cultivés dans d’autres régions, et les Moluques, perdant leur monopole, sont progressivement retombées dans l’anonymat. Assez peu de touristes s’aventurent jusqu’aux îles Banda – et pour cause : avec seulement quatre ferrys publics par mois, ainsi que deux fast boats et deux avions 12 places par semaine qui sont régulièrement annulés, vaut mieux pas être aux pièces..

Comme je vous le disais dans le dernier post, à peine arrivés on a sauté dans le premier bateau pour Pulau Hatta (pulau = île), où les choses sérieuses ont commencé – je dis « nous » parce que j’ai finalement passé les trois-quarts du séjour en compagnie de Farid, mon fidèle camarade de ferry, avec qui on partageait une même philosophie du voyage : on décide ce qu’on fait dans les deux prochaines heures, et après inch’allah 😌

Première escale : Pulau hatta

Pulau Hatta est un tout petit bout de terre dont l’activité humaine se résume à deux villages, Kampung Lama (« village long ») et Kampung Baru (« village nouveau »), reliés par le seul petit chemin bétonné de l’île, qu’on parcourt facilement en une quinzaine de minutes à pied. Chaque village a sa mosquée, son école, et sa minuscule échoppe qui vend trois paquets de biscuits, des mouchoirs et deux ou trois autres bricoles.

Maison chic
Maison un peu moins chic
Front de mer

Kampung lama est installé le long d’une jolie plage de sable blond, sur laquelle on trouve quatre ou cinq pensions côte à côte, offrant des chambrettes sommaires aux quelques touristes parvenus jusque-là. En allant jeter un œil à une autre pension située un peu plus loin, j’aperçois une très jolie maison sur pilotis qu’on décide d’aller inspecter sur le champ. C’est une pension récente, tenue par une famille locale adorable, bien que ne parlant pas un mot d’anglais. L’endroit, un peu excentré et encore méconnu des touristes, est complètement vide..

La vie sur pilotis

Ça sera notre trouvaille du séjour. J’en parle ici juste parce que je sais très bien que personne ne lit ce blog, et quand bien même quelqu’un le lirait, la probabilité qu’il/elle se retrouve là-bas un jour reste faible. Parce que sinon cet endroit est officiellement top secret, classé ❌. On s’est juré de n’en divulguer l’existence qu’à quelques happy few. D’ailleurs, chaque fois qu’on croisait d’autres touristes qui nous demandaient où on logeait, on répondait le plus évasivement possible 😈 Pour ceux/celles qui voudraient des détails, il faudra tenter de me soudoyer par message perso.

C’était un endroit de rêve. La maison est entièrement construite en bois naturel, posée sur pilotis au-dessus de l’eau turquoise. Entourée par la mer sur trois côtés, avec un long quai comme seul accès à la terre ferme, on s’y sentait en autarcie totale. Nos chambres, beaucoup plus spacieuses que dans les autres pensions, donnaient sur une terrasse où chacun avait son transat en bambou attitré. Quelques marches plongeaient directement dans l’eau.

Ma chambrette
La vue de ma chambrette
La terrasse devant nos chambrettes
La vue de la terrasse
Désolée j’en remets une couche mais c’était vraiment trop beau

A quelques brasses seulement, un magnifique tombant (*falaise aquatique), le long duquel s’affairaient une foultitude de poissons multicolores au milieu d’un incroyable jardin de corail. Et pour finir, un joli petit jardin recouvert de sable fin et décoré de coquillages offrait un autre coin de paradis face à la mer, au cas où on se lasserait de la terrasse.

Je sais pas pourquoi mais un détail me ravissait particulièrement : en marchant dans le couloir, on pouvait apercevoir des rayons d’eau turquoise à travers les planches de bois..

L’entrée de la maison consiste en une pièce commune, dans laquelle nous étaient servis trois délicieux repas quotidiens – et oui, pas de restos sur l’île donc toutes les auberges sont en pension complète. Chaque jour, un festin différent nous attendait : riz (forcément !), soupes de légumes divers et variés, poisson fraîchement pêché à la sauce sambal, œufs, aubergines farcies à la sauce kenari (une spécialité du coin), curry d’oignons et de pommes de terres, salade de cœurs de palmiers, ignam.. Le tout délicieusement relevé par du piment et des épices locales.

Bref, on a vécu là une semaine comme de vrais pachas (et tout ça pour la même somme que partout ailleurs sur l’île, c’est-à-dire environ 17€ par jour..)

***

Mais ce qui faisait tout le charme du lieu, c’était sa rusticité, qui m’a beaucoup rappelé les séjours à l’îlet à la Martinique. Là on avait quand même droit à un pommeau de douche d’où sortait un minuscule filet d’eau, mais pour tirer la chasse c’était un bac avec une casserole, et bien sûr, ni clim, ni même ventilo, puisqu’il n’y avait d’électricité qu’entre 19h et 22h grâce au générateur. Dans ces cas-là, la seule manière de survivre, c’est la technique des cheveux mouillés (voir du tee-shirt mouillé en cas d’extrême chaleur) ; rien de tel pour passer une bonne nuit malgré la canicule (encore faut-il avoir des cheveux et/ou un pyjama !).

On avait aussi droit à la compagnie quotidienne de quelques fourmis, cafards, et même d’une famille de souris (ou bien est-ce que c’était des rats ? 🤔) qui nous rendaient une petite visite de courtoisie chaque nuit dans nos chambres respectives, ce qui m’a valu une belle frayeur la première nuit, quand je me suis réveillée en sursaut avec un gros truc non identifié qui gigotait derrière mon rideau 😅

Une fois la surprise passée, et quand j’ai compris qu’il n’y avait rien à faire puisqu’il y avait des ouvertures partout, j’ai pris l’habitude de fermer avec soin tous mes sacs et de dormir avec mes boules quies (de toute façon indispensables pour couvrir le vacarmes des vagues, on dirait pas comme ça mais c’est un bruit infernal !!). A partir de là, nous avons cohabité en toute quiétude, les souris et moi. Elles ont quand même eu le temps de grignoter ma bouteille d’huile de coco, et Farid y a laissé un paquet de douceurs aux cacahuètes, mais on a considéré que c’était un tribut raisonnable compte-tenu de tout le reste.

Le plus étrange je crois, c’était de se sentir à ce point loin de tout. C’est à peine si on voyait passer 3 ou 4 bateaux de pêcheurs par jour, on a dû voir une fois un ferry passer au large, et surtout, pas un seul avion à l’horizon de toute la semaine.. Je crois que c’est bien la première fois de ma vie que je vois un ciel aussi vierge, seulement traversé de temps à autre par une étoile filante, qu’on guettait lorsque la nuit était claire.

« Sous l’océaaan » 🎶🐚🐠🐳

La BO pour ce paragraphe

Le programme quotidien était chargé : lecture, baignade, sieste, repas, re-lecture, re-sieste, re-baignade.. Le soir, Gafur, un local sympa nous apportait des bières fraîches et m’apprenait des chansons du coin à la guitare. Malheureusement, ça a tourné au mélodrame quand j’ai tenté de le congédier après qu’il m’a déclaré sa flamme par Traducteur Google interposé. Après ça j’ai eu un peu de mal à m’en dépatouiller 😅 Je repars quand même avec deux super chansons des Moluques dans ma besace 😋

Mais l’activité phare de la semaine, ça a quand même été le snorkelling. Là aussi, c’était une vraie bénédiction d’être tombée sur Farid, qui était plongeur expérimenté en plus d’être sympa, et sans qui j’aurais jamais osé faire tout ça toute seule.

On barbotait en moyenne une à deux heures par jour le long des reefs, et ce qu’on voyait là-dessous était plus palpitant que la meilleure des séances de ciné. C’était aussi impressionnant qu’une belle plongée, mais sans le matériel encombrant et la limite de temps liée à l’oxygène. Farid lui-même, qui avait déjà pas mal roulé sa bosse (et ses palmes), n’avait jamais vu ça.

Moi j’avais pas de palmes, mais j’avais un super masque intégral – si vous avez pas encore essayé ce truc il faut vous y mettre, c’est absolument génial. On respire nez et bouche dedans, et on n’a pas à se soucier d’avaler de l’eau de mer à chaque vague, parce qu’elle est automatiquement bloquée par le tuyau. Y a plus qu’à admirer le spectacle ! 😊

Les coraux de Pulau Hatta ont deux particularités : ils font partie des rares coraux au monde encore très bien préservés de la pollution et autre pêche à la dynamite, et ils sont très facilement accessibles. En plus du reef qui était à 5 minutes de nage de notre quai, toute la plage principale est bordée par un tombant de plusieurs dizaines de mètres de profondeur, auquel on accède en trois brasses et demi et qu’on peut longer à loisir sans risque d’être emporté au large – pas de méchants courants à cet endroit.

C’est un spectacle extraordinaire à voir : des jardins entiers de toutes les couleurs et de toutes les formes, roses, bleus, oranges, violets, chevelus, en forme de cervelle, en branches, en feuilles, en éponges.. Les poissons virevoltent là-dedans par milliers, des minuscules en bancs, des gros napoléons solitaires, des jaunes fluo, des bleus, des noirs, des rouges, des verts, des bicolores, des poissons perroquets couleur arc-en-ciel, des longs et fins, des gros et ronds, des mignons et des patibulaires.. Les premières fois, j’en avais les larmes aux yeux : c’est vraiment un deuxième monde en-dessous du monde, un véritable safari sous-marin.

Il y avait aussi des murènes, gueule dentue et menaçante, dissimulées sournoisement dans les replis de corail, des bancs de thon qui ont l’air tout le temps fâchés, un poisson-lune qu’on n’a pas osé embêter pour le voir gonfler, et puis des tas de tortues. Les tortues, c’est vraiment ravissant ; quand leur jolie silhouette glisse majestueusement sur le fond bleu foncé de l’océan, on dirait de grands oiseaux sous-marins qui s’éloignent en vol plané.

Comme j’ai pas de photos sous l’eau, je triche un peu avec Wikipédia

Nager au bord des tombants procure une sensation incroyable : ça donne le vertige à l’envers. On a l’impression de voguer très haut dans le ciel de l’océan et d’avoir des kilomètres de vide en-dessous. Ça fait plutôt peur la première fois, mais après c’est grisant. Evidemment, on ne peut pas s’empêcher de se demander quel monstre va émerger de ce néant bleu, et je n’aurais pas été plus étonnée que ça d’apercevoir les tentacules d’un poulpe géant genre remake de « Vingt mille lieux sous les mers ».

En parlant de monstre, le dernier jour on a fait une séance snorkelling en pleine mer, autour d’un magnifique reef qui grouillait de vie sous-marine. C’est encore autre chose de faire ça au large, deux petits êtres humains perdus dans l’immensité liquide, avec pour seule repère le petit bateau de pêche qui flotte sagement en nous attendant et qui rapetisse à mesure que le courant nous entraîne..

Ce jour-là, pour la première fois de ma vie, j’ai vu un requin en vrai de vrai (et en liberté) 😱😱 Et ouais ! En fait, on en a même vu deux. Apparemment c’était des requins de récifs à pointe noire. Le premier était plutôt petit, genre 1m/1,50m, mais enfin quand même c’était bien un requin, exactement comme dans les films, qui se déplace en louvoyant au ras du sable – un peu plus et j’entendais la musique des Dents de la mer dans ma tête. Hyper excitée (et un peu en stress) je le montre à Farid et on se fait le signe des plongeurs qui dit en gros « ouais j’ai vu, trop cool » 👌

Merci Wiki

A partir de là, je guettais de tous mes yeux, sans trop savoir si je voulais en revoir un ou pas. J’avais lu que les requins ici ne sont pas dangereux pour l’homme (pas de grands requins blancs ou autre requins réunionnais) et j’étais plutôt rassurée puisque Farid avait l’air de savoir ce qu’il faisait, mais enfin j’ai vu les vidéos sur Youtube comme tout le monde et je me sentais soudain bien loin du rivage..

Un peu plus tard, j’en aperçois brièvement un second de derrière, un peu plus loin, mais qui me semble beaucoup plus gros celui-ci. Là j’avoue, gros coup d’adrénaline 😅 Je fais signe à Farid et me rapproche de lui – il était un peu trop loin à mon goût et n’arrêtait pas de regarder en arrière, alors que j’essayais désespérément d’attirer son attention pour lui signaler le gros truc que j’avais vu devant. J’entre-aperçois la chose une deuxième fois un peu plus tard, toujours de loin et toujours aussi gros, puis le courant nous amène progressivement vers une autre zone uniquement peuplée de gentils poissons inoffensifs.

Sauf qu’une fois remontés dans le bateau, j’ai appris que non seulement il avait bien vu le gros et qu’il faisait bien 2 mètres de long si ce n’est plus, mais qu’en plus il nous avait suivi un petit moment, qu’il s’était approché à 4-5 mètres derrière nous et que c’est ça que Farid regardait pendant tout ce temps !! Doux Jésus 😨 D’un côté je regrettais un peu de ne pas l’avoir vu de plus près, mais d’un autre je crois que j’étais pas prête psychologiquement. Je crois que j’aurais paniqué 😬

Enfin c’était quand même une belle aventure qui clôturait cette semaine inoubliable de randonnée en aquarium.

Vie sociale et contacts avec les autochtones

Jumura et Rupini, le couple qui tenait la pension, habitaient dans le village d’à côté, mais le beau-frère de Rupini dormait sur place avec nous pour garder la maison. Quand Jumura y faisait référence, il l’appelait « security » (« sakourriti » avec l’accent). C’était comique parce qu’il l’appelait comme ça même en sa présence, ce qui nous a valu quelques bons fou rires (du coup je ne sais même plus quel était son vrai prénom). Au départ plutôt taciturne et fuyant, Sakourrity a fini par se laisser apprivoiser à force de sourires et de soirées guitare sous les étoiles.

Rupini, notre cordon bleu
Jumura
De gauche à droite : Rupini, Jumura, moi, Farid et « Sakourrity »

En plus de son rôle de gardien, Sakourrity a des talents d’artiste : il a peint lui-même toutes sortes de jolies décorations accrochées aux murs et les coquillages du jardin. Un jour, il nous met de la musique dans la salle à manger, visiblement très fier de nous faire partager sa playlist. Entre deux affreux tubes radio produits à la sauce années 90, je repère une jolie mélodie bien kitsch, qui est du coup devenu notre hymne. A partir de ce moment-là, Sakourrity l’a passée en boucle tous les soirs pour me faire plaisir. Apparemment c’est un tube dans le coin, je vous la met-là pour votre culture générale :

https://youtu.be/Ii1jvubIC8g

Il fallait voir sa mine jubilante quand Farid lui a fait cadeau de son haut-parleur portable et lui a montré comment s’en servir. Ses yeux brillaient de plaisir, comme Papou lorsqu’il avait réussi à faire enrager Mamou.

Rupini m’a appris vers la fin que la femme de Sakourrity (sa propre sœur) était morte de maladie une dizaine d’années auparavant. Ils avaient quatre enfants 😥 Ça m’a beaucoup peinée pour eux. J’ai mieux compris cet homme sensible au visage maussade et parcheminé, sur lequel se dessinait encore les traces de cette ancienne douleur. Evidemment, l’accès à la médecine est plutôt limité par ici. Je me suis demandé de quoi elle souffrait, et si elle aurait pu être sauvée dans d’autres circonstances.. Un autre aspect moins ensoleillé de la vie ici..

***

Mise à part nos hôtes, on croisait de temps en temps quelques touristes sur la plage principale, et notamment nos trois compères rencontrés à Ambon avant de prendre le ferry, qui avaient fini par arriver eux aussi. Ces trois-là formaient une drôle de brochette : Oliver, allemand, la cinquantaine, plutôt athlétique, aventurier à l’esprit froid et cynique ; Johan, la quarantaine, archéologue suédois à l’humour british et à l’étonnante dégaine rasta avec ses dred-locks qui traînaient quasiment par terre ; et enfin Alex (pour peu que ça soit son vrai nom), apparemment la soixante dizaine passée, soi-disant suisse mais vivant aux Philippines, gueule de pirate et rire sonore, probablement recherché par les autorités de divers pays. Leur point commun : une soif que seule la bière semblait pouvoir étancher. On saluait en passant ces camarades de mauvaise vie, tout en conjecturant sur leurs vices supposés ou imaginaires.

***

Quant aux habitants des deux villages, ils nous saluaient toujours aussi chaleureusement, et quelques enfants s’aventuraient à tester leurs rudiments d’anglais en nous lançant par-ci par-là un timide « how are you today ? ».

Par un après-midi brûlant, j’étais partie me balader au « kampung baru », espérant découvrir un sentier qui permettrait de faire le tour de l’île. En déambulant dans les rues, accablée de chaleur, je remarque des enfants sucer des genre de Mr Freeze et je me mets à en rêver comme de l’oasis dans le désert. On m’indique le petit comptoir qui sert de boutique, mais pas de chance, rupture de stock de Mr Freeze 😐 Une dame et sa fille s’approchent alors et m’en tendent deux ou trois qu’elles ont été cherché dans leur réserve. J’en accepte un de bonne grâce, d’autant plus touchée qu’elles refusent le moindre argent.

Je continue ma balade, ravie, en sirotant ma glace, et je tombe un peu plus loin sur un groupe de petites filles remuantes et gloussantes, avec qui j’échange quelques mots pour demander mon chemin. Les voyant continuer de me fixer de tous leurs yeux, je leur tends mon Mr Freeze, sur lequel elles se jettent comme un seul homme en poussant des petits cris de joie. Et voilà comment un petit bâton glacé de rien du tout a fait pas mal d’heureux en l’espace de quelques minutes ce jour-là 😊

Quand vient l’heure du départ

Evidemment à ce rythme-là, on aurait pu rester encore longtemps.. Mais malheureusement vient toujours le moment fatidique où il faut se résoudre à partir. Après s’être promis de revenir, on a donc embarqué un beau matin sur le bateau public, un petit bateau de pêche sans toit, mais dieu merci avec un coffre à sec, sans lequel ma tablette ne serait sans doute plus là pour vous écrire tout ça.

Vous voyez le gris là-bas ? Ben c’est pas bon signe !

En effet, un petit cyclone devait passer sur les îles ce jour-là, info apparemment relayée à Banda Neira, mais qui n’avait pas dû parvenir jusqu’à nous.. Toujours est-il qu’à peine partis, on s’est retrouvés pris en pleine tempête : pluie diluvienne, creux de 4-5 mètres, vent qui fouette le visage.. En 10 minutes, la dizaine de passagers à bord était trempée jusqu’aux os. Et c’est parti pour une heure de traversée, youhou..

Bon, dans ces cas-là, il faut regarder la tête des locaux : tant qu’ils ne se mettent pas à pleurer en implorant le nom d’Allah, c’est qu’on n’est pas encore en danger de mort. Du coup Farid et moi on se regardait en rigolant d’un bout à l’autre du bateau, vaguement effrayés (surtout moi) mais ravis de l’aventure. On se serait crus en pleine scène de film catastrophe : un épais rideau gris nous entourait, on ne voyait plus rien à 20 mètres autour et le bateau faisait des montagnes russes sur la mer déchaînée – Space Mountain à côté c’est du pipi de crabe. Mieux valait prendre ça comme un manège d’ailleurs 😅 A un moment, je vois le capitaine discuter avec un ou deux autres et montrer du doigt des directions différentes.. Euh, vous êtes sérieux là ?? Vous savez pas où vous allez ?.. 🤨

Je sais pas trop comment, on a quand même fini par arriver sur Pulau Neira, mais comme on se prenait des seaux d’eau sur la tête, on nous a fait descendre illico presto au premier quai et tout le monde est parti s’abriter en courant pieds nus chez la famille du capitaine du bateau, dans un petit local recouvert d’un toit de tôle, derrière une basse-cour. Là, toujours trempés, on a bu du thé chaud et mangé des bananes frites pour se redonner du courage en attendant que ça se calme. Les locaux, pas du tout chagrinés par la situation, devisaient gaiement en ponctuant une phrase sur deux par un grand rire communicatif. « On repart dans un tout petit moment » me dit le capitaine.. Et en effet, deux heures plus tard on est repartis, pour finir par accoster sur le bon quai, 5 ou 10 minutes plus loin 😅 Ça c’est ce qu’on appelle un voyage !! 😁

***

Allez, on continue la tournée des îles dans le prochain post 🌴👉

6 Commentaires

  1. Oriane Oriane

    🤤😍🤣😥

    • Miamduchocolat Miamduchocolat

      🙏😊

  2. Farid Farid

    Joyeux noel, Marie. Merci de travailler avec moi 🙂

    • Miamduchocolat Miamduchocolat

      Haha thanks Farid!
      See, you’re a french celebrity now! 😊

  3. Ginette Ginette

    Pourquoi éprouvez vous le besoin de raconter à tout le monde les détails de votre séjour à pulau Terapung? Nombrilisme occidental?
    Pas sur que cela soit un bien pour les locaux.
    Et puis, laissez les gens découvrir par eux mêmes le charme de cet endroit qui va, grâce à vous devenir surpeuplé.
    Le plus important d’un voyage, c’est ce qu’on ne raconte pas…

    • Miamduchocolat Miamduchocolat

      Bonjour Ginette et bienvenue 🙂🙏
      Merci de votre commentaire avec lequel je suis assez d’accord.
      Figurez-vous que j’ai écrit ce blog pour partager mes aventures avec mes proches, sans aucune intention commerciale ni aucun effort de référencement- ce qui veut dire que normalement, il n’y a aucune chance de tomber dessus sans avoir l’adresse du site. Mais j’ai l’impression que les choses se passent un peu différemment avec cet article sur les îles Banda (et non pas pulau Terapung 😉), sur lesquelles il existe pour le moment assez peu de littérature sur internet (et en effet tant mieux). Apparemment l’article apparaît de temps en temps sur Google puisque vous êtes la 2ème personne que je ne connais pas à réagir dessus. Je serais curieuse de savoir comment vous l’avez trouvé d’ailleurs!
      Je suis d’accord avec vous, tous ces blogs qui font la pub d’endroits jusqu’ici préservés sont une plaie.. Je vais réfléchir à un moyen de rendre l’article un peu moins visible suite à votre commentaire.
      Je vous souhaite de beaux voyages et si vous avez d’autres remarques (ou souvenirs de voyage en Indonésie !) à partager, n’hésitez pas à m’écrire à l’adresse suivante : marieleturque@hotmail.fr

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